S'instruire pour un destin hors norme
Serigne Abdoullahi Mbacké passa ses premières années au Djolof. En 1912 Cheikh Ahmadou Bamba quitta Darou Rahmane (anciennement Thiéyène Djolof) pour se rendre à Diourbel où il était assigné en résidence surveillée. Il installa sa famille à Darou Halimoul Kabir et confia Serigne Abdoullahi à Serigne Abdou Rahmane Lô pour son apprentissage coranique. C’est ce dernier qui avait enseigné le Coran à ses aînés et dans la biographie qu’il a consacrée à son vénéré père « Minanoul Bakhil Khadim fi Siratoul Cheikh al-Khadim, Les Bienfaits de l’Éternel dans le récit de l’hagiographie de Cheikhal Khadim», Serigne Mouhamadou Bassirou Mbacké livre ce témoignage à l’endroit de son maître coranique « Parmi tous ceux que j’ai vus, je n’ai jamais rencontré un seul professeur dont l’enseignement fut plus bénéfique que le sien (Serigne Abdou Rahmane Lô) ni un seul qui fut plus capable que lui de réciter le Coran... »
Depuis Diourbel, le Cheikh s’enquérait régulièrement des nouvelles de son fils. L’intelligence vive et la mémoire excellente, Serigne Abdoullahi maîtrisa rapidement le Saint Coran et rejoignit son vénéré père à Diourbel. Le Cheikh céda à sa requête et l'autorisa à rester avec lui. Il le chargea de rédiger un exemplaire du Coran. Serigne Abdoullahi s’exécuta et calligraphia de mémoire un exemplaire du Livre Saint qu’il remit à son père.
Le conférencier Serigne Abdoulaye Diop Bichri raconte que le Cheikh fut très étonné et honoré en voyant la qualité de la restitution et à quel point leurs écritures se ressemblaient. Il écrivit en bas du document en guise de signature « Hâdhâ khattu Yamini », signifiant « Ceci est ma propre plume ».
Un maure qui rendait visite au Cheikh, lui fit remarquer que c’était l’enfant -Serigne Abdoullahi- qui avait écrit le Livre. Le Cheikh répéta alors sur un ton un peu brusque « Hâdhâ khattu Yamini ».
Il y a une autre version de cette anecdote qui stipule que le Cheikh avait confié un jour à Serigne Abdoullahi la rédaction d’importants écrits. Ce dernier s’en acquitta et satisfait de la qualité du travail, son père remercia Allah et de sa propre main, écrivit « Hâdhâ khattu Yamini ». Il me semble plus judicieux de présenter les deux versions. Dieu sait mieux.
Serigne Abdoullahi passa par plusieurs érudits pour parfaire son éducation. Le Cheikh lui fit poursuivre ses études auprès de son cousin Serigne Mbacké Kanni Bousso puis auprès de son frère cadet Serigne Afia Mbacké.
Enfin, il le fit séjourner chez Mame Thierno Ibrahim Faty à Darou Mouhty. Le choix de Mame Thierno n’est pas fortuit quand on sait ce qu’il représentait pour le Cheikh qui le considérait comme le disciple exemplaire, le modèle. Le Cheikh avait les mots les plus élogieux à l’égard de son frère qu’il tenait en haute estime et qu’il considérait même comme son bras droit. Ayant une confiance absolue en son frère, lors de son exil au Gabon, il lui avait confié ses enfants Serigne Modou Moustapha Mbacké, Serigne Fallilou Mbacké et Serigne Bara Mbacké. Il les a éduqués, élevés et instruits. Quand ce fut le tour de Serigne Abdoullahi d’être instruit, le guide de Darou Mouhty avait arrêté d'enseigner mais il reprit à la demande du Cheikh. Son fils, Serigne Abdou Khoudoss rapporte qu'ils en étaient très heureux car Mame Thierno n’instruisait même plus ses propres enfants. Donc, c’était uniquement le ndigël du Cheikh qui lui avait fait reprendre l’enseignement.
Et dès que Serigne Abdoullahi rentra à Diourbel, il retourna à sa retraite. Quand ses enfants lui demandèrent de poursuivre leur instruction, il leur dit que dans ce cas, ils devaient aller chercher Serigne Abdoullahi et le ramener. En arrivant à Diourbel, ce dernier demanda à son père de s'occuper lui-même de l’approfondissement de ses connaissances. Le Cheikh lui accorda cette faveur après avoir d'abord refusé par manque de temps.
Ils s'enfermaient beaucoup tous les deux. Serigne Abdoullahi remarqua que son vénéré père ne s'alimentait presque pas. Il apprit beaucoup auprès du saint homme. C’était une chance pour lui de vivre dans la demeure du Cheikh qui n'acceptait pas que les personnes y séjournent dans le souci de s’isoler du monde et de ses distractions. Cette période passée à Diourbel fut très fructueuse pour l’apprenant. Son père lui inculqua tous les fondements et principes du soufisme.
Serigne Alamine Diattara, l’Imam de la mosquée mouride de Bène Tally, un disciple de Serigne Abdoullahi qui a été à ses côtés pendant plus de dix années affirme que son guide lui a parlé du temps qu’il a passé à Diourbel auprès de son père. Les gens le voyaient rarement. Il était tout le temps enfermé avec son père qui l’instruisait. Il était méconnaissable tellement il était exténué. Serigne Abdoullahi lui a rapporté que le plus éprouvant, c’était les féls (puces). Il sentait fortement leur piqûre alors que le Cheikh ne semblait pas les sentir. On ne voyait même pas la peau du saint homme à cause des puces mais il ne les chassait pas et restait imperturbable.
Cheikh Ahmadou Bamba a transmis beaucoup de connaissances à son fils pendant ce temps passé ensemble. Il l’a éduqué et façonné. Serigne Abdoullahi a séjourné à Diourbel jusqu’au rappel à Dieu du Cheikh, survenu le 19 juillet 1927. Il est resté un moment à Diourbel avec son frère aîné Serigne Bassirou. Ensuite il est parti s’établir à Touba.
En constante recherche de piété, Serigne Abdoullahi était très attaché à la connaissance. Fils de Cheikh Ahmadou Bamba, il appartient à une famille d’érudits. Son grand-père, Serigne Momar Anta Sali était un des plus grands érudits de son temps. Il était le jurisconsulte des damels et un professeur reconnu dont la science était recherchée autant par les novices que les érudits. Cheikh Ahmadou Bamba qui a grandi dans cet environnement auprès d’un père qu’il vénérait et qui a participé à sa formation, était aussi épris de connaissance. Il ne ménageait aucun effort ni fortune pour la quête du savoir et l’acquisition d’ouvrages. Le Cheikh s’attachait à confier l’instruction religieuse et spirituelle de ses enfants aux meilleurs maîtres dont on peut citer deux illustres exemples : Serigne Abdou Rahmane Lô et Mame Thierno Ibrahim Faty.
Serigne Abdoullahi est passé par ces deux érudits et a également eu l’immense privilège de bénéficier des enseignements du Cheikh qui ne lui a pas seulement transmis du savoir mais l’a aussi éduqué et façonné durant le temps qu’ils ont passé ensemble à Diourbel.
Serigne Abdoullahi était plein de connaissance religieuse. Il n’a jamais cessé de s’instruire même à l’âge adulte. Ainsi, après avoir fondé Darou Rahmane, il a voulu poursuivre son instruction. Serigne Mbacké Bousso l’a alors mis en relation avec Serigne Cheikh Faty Kani Bousso. Ce dernier est venu s’installer à Darou Rahmane avec sa famille et a ouvert un daara où il dispensait un enseignement aux villageois. Serigne Cheikh Faty Kani Bousso a même composé de jolis khassidas sur Serigne Abdoullahi. L'éducation de Serigne Abdoullahi comme le reste de sa fratrie, l'avait préparé à endosser un destin hors norme.







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